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"Quoi qu’en puissent dire les littérateurs, leur art ne présente pas les difficultés du nôtre. Tout homme qui a de l’imagination et qui sait sa langue se formera dans peu à écrire; tout homme qui a quelque chose à dire le dira bien, peut-être mieux que le littérateur de profession, parce qu’il sera moins occupé de la forme et de la rhétorique de son discours que du fond de la substance. Ne vous alarmez pas, poètes et prosateurs; je ne vais pas pour cela rendre les Homère et les Virgile plus communs: ce qui le prouve, c’est qu’on n’a guère vu de littérateurs exceller dans la peinture et dans la musique, quitter la classique lyre pour prendre le compas et bâtir des palais, si ce n’est peut-être l’enchanteur Orphée; mais on a vu très souvent, et on voit à chaque instant, un peintre, un musicien, un général d’armée, devenir le plus grand écrivain de son temps, et, à mon avis, Napoléon est celui dont le style est le plus près de la chose, le plus dégagé de vains ornements, le plus homérique, dans le sens que j’attache à ce mot. J’en demande bien pardon, mais jamais Tite-Live n’aurait fait le siège de Toulon, le 13 vendémiaire, la bataille d’Arcole et le reste de ses admirables manœuvres: après cela, nous ne pouvons plus rien supporter."
Approbation d’Oriane (encre rose): je suis tout à fait d’accord, rien de plus surfait que la littérature dont s’est emparé le corps médiocre des professeurs pour faire croire à son intelligence. Écrire n’est rien, la littérature n’est pas grand chose dont les millions d’œuvres sont autant de sarcophages. S’il n’y avait pas tout le lobby de l’édition, elle ne serait qu’une aimable distraction… Mais cependant, contrairement à Delacroix, je pense qu’il en est de même de tout art. Ce sera d’ailleurs un des thèmes de ce roman. On ne sera pas surpris de savoir que le Général Proust, dont l'œuvre consiste à agir sur le monde, est tout à fait de cet avis.
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